Sur l’identité culturelle et l’universalité 

Extraits libres du livre « Assaut contre la frontière« 
de Leïla Slimani (Ed. NRF Gallimard – 2026)

(…) « Mes parents m’ont élevée avec l’idée que je pourrais être à la fois marocaine et française, africaine et occidentale, enfant d’une monarchie et d’une république, que je pouvais abriter en moi deux récits, qui parfois s’opposaient mais qui n’étaient pas irréconciliables. Je pouvais être attachée à une culture sans être détachée de l’universel. Je pouvais échapper à la servitude de la racine et il ne tenait qu’à moi de chercher le commun.» (…) p.36
« Tout ce que nous comprenons et apprécions dans les créations humaines devient instantanément nôtre, quel que soit le lieu d’origine. Je suis fier de mon humanité lorsque je peux reconnaître les poètes et artistes d’autres pays comme étant les miens », écrivait le Prix Nobel indien R.Tagore.
Aujourd’hui on a tendance à faire des particularités de chacun des caractéristiques essentielles, l’alpha et l’oméga de son identité. Or l’universalisme auquel j’aspire ne nie pas les différences entre les êtres humains mais considère que ce qui nous rapproche est plus important que ce qui nous distingue et que l’orgueil d’être différent ne doit pas nous empêcher d’être heureux ensemble. » (p.58)

« Je refuse de choisir mon camp. Je ne peux accepter le repli identitaire auquel on cherche à nous contraindre. On a le droit de ne pas verser dans le ressentiment, de ne pas croire à une hiérarchie entre des langues majeures et d’autres mineures. Nous venons d’un monde où l’hybridation et du mélange et les langues ne nous appartiennent pas : on ne peut en faire des trophées ou des étendards. La langue accueille tous ceux qui la parlent, qui l’aiment, avec un accent, des erreurs parfois, des tâtonnements. » (…) p.42

« A mes yeux la littérature est précisément ce lieu où on peut se défaire de son identité sociale, ethnique, de son genre, de ses préjugés. Lorsque j’écris, je le fais en tant qu’individu, affranchie des mes communautés, libérée de ma situation familiale et de toutes les loyautés qu’on voudrait m’imposer. » (…) p.54
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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ?  » édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ