Le 9 mars dernier, à Bruxelles,  Madame Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne s’adresse aux diplomates de l’UE à Bruxelles – Extraits libres :

Sur le conflit armé Iran vs USA/Israël :
(…) « Vous entendrez différents points de vue sur le conflit en Iran (sic) pour savoir si cette guerre est menée par choix ou par nécessité. Mais je crois que ce débat passe en partie à côté de l’essentiel. (?) Parce que l’Europe doit se concentrer sur la réalité de la situation, pour voir le monde tel qu’il est aujourd’hui ».
   Changer de lunettes pour ne pas avoir à analyser la réalité de l’ampleur du conflit ? Pas un mot sur les violations du droit international dans le conflit.

« Bon nombre d’Iraniens (…) ont célébré la disparition de l’ayatollah Khamenei. (…) Ils espèrent que ce  moment pourra ouvrir la voie à un Iran libre. Le peuple iranien mérite la liberté, la dignité et le droit de déterminer son propre avenir. » (…) Bien vu…
   Nous assistons désormais à un conflit régional (?) aux conséquences imprévues. Et les répercussions sont déjà une réalité aujourd’hui – elles touchent l’énergie, la finance, le commerce, les transports, ou le déplacement des personnes. »
   Mme Van der Leyen n’est pas en charge de la politique étrangère, qui relève des pays membres, mais elle aurait pourtant la possibilité de s’exprimer au niveau des « valeurs » européennes, valeurs qu’on mentionne toujours sans dire lesquelles…
On croit pourtant savoir que les conflits ont des conséquences sur les peuples concernés, noyés dans les violations des droits humains élémentaires.
Apparemment, il n’y a même pas lieu d’aborder l’idée même de négociations diplomatiques, ni d’une quelconque stratégie dans l’aide humanitaire face aux souffrances indicibles de millions de gens. Pas un mot sur le Liban avec ses 1000 morts en deux semaines, et son million de déplacés…

Impératifs de sécurité             
   « Nous devons incorporer les questions de sécurité dans l’ensemble de moyens stratégiques et de nos politiques. En réalité, il faut que la sécurité devienne le principe qui structure notre action, l’état d’esprit par défaut (?), en matière de défense, de données, d’industrie, d’infrastructures, de technologies ou encore de commerce. (…) L’Europe est gagnante grâce au renforcement des chaînes d’approvisionnement, tandis que nos partenaires sont gagnants grâce aux investissements durables dans les infrastructures, les compétences et les emplois au niveau local.» (…)
La cheffe du gouvernement de l’Union européenne ne s’adresse pas à un parterre d’hommes d’affaires et de managers de multinationales : elle s’adresse à ses diplomates dont les prérogatives et mandats ne se résument pas à renforcer les chaînes d’approvisionnement dans l’économie.
Ou alors toutes les questions diplomatiques et géostratégiques ne doivent être traitées qu’avec les lunettes exclusives des intérêts économiques ? Néo-trumpisme ?

« Dans un monde tel que le nôtre où les conflits se multiplient, il nous faut un système de gouvernance mondiale fondé sur des règles. Bien sûr, le système des Nations Unies doit lui aussi être repensé. Et lorsque les formats traditionnels s’avèrent inopérants, il nous incombe de trouver des moyens créatifs pour résoudre les crises les plus graves de notre temps.
 »
Remplacer l’ONU par un « Board of peace » (« Conseil de la paix ») ? Dissoudre les agences de l’ONU (UNICEF, FAO, UNESCO, OMS, etc) ? Bombarder le quartier général de l’OMC ? Abolir la Cour Pénale Internationale ? La Cour Internationale de justice ? Tout se réglera par des arbitrages, des transactions, ou conciliations win-win ?

Politique étrangère de l’Europe ?
    « Nous avons besoin de porter un regard lucide et attentif sur notre politique étrangère (…) tant sur la manière dont elle est conçue que sur la manière dont elle est déployée. Nous devons réfléchir de toute urgence à la question de savoir si notre doctrine, nos institutions et notre processus décisionnel – tous conçus dans un monde d’après-guerre caractérisé par la stabilité et le multilatéralisme – sont restés en phase avec les changements rapides qui se produisent autour de nous. Nous devons déterminer si le système que nous avons construit – avec toutes ses tentatives bien intentionnées de consensus et de compromis – est plutôt une aide ou une entrave à notre crédibilité en tant qu’acteur géopolitique. » ( ?)
    (…) Le fait est que, si nous pensons – comme je le pense – que nous avons besoin d’une politique étrangère plus réaliste et axée sur les intérêts, nous devons la mettre en œuvre. » (…) Nous sommes devenus plus aptes à utiliser nos forces au service de nos intérêts : qu’il s’agisse de notre marché, de notre rayonnement commercial ou de nos leviers de sécurité économique. » (…) En étant beaucoup plus pragmatiques dans nos échanges commerciaux à l’échelle mondiale. »
(…) A une époque de mutations radicales comme la nôtre, nous avons le choix entre nous accrocher à ce qui nous rendait fort par le passé et défendre des habitudes et des certitudes rendues obsolètes par le cours de l’histoire, ou opter pour un nouveau destin pour l’Europe. »
   Espérons que les droits humains ne font pas partie des certitudes rendues volontairement obsolètes… par certains pays qui en ont entrepris la démolition systématique. La coopération internationale ?  le multilatéralisme ? On fait tout pour démolir, pour ensuite dire que cela ne fonctionne pas !
Supprimez des mots, et leur réalité disparaîtra…

Dans l’ensemble du discours, pas une seule référence aux droits humains (peut-être timidement dissimulés derrière les « valeurs »… misère de misère !).
Sur la politique européenne de sécurité, pas un seul mot sur l’ampleur du problème migratoire, sur l’étendue des trafics de drogue ou d’êtres humains, sur la lutte contre les discriminations en tous genres, sur la justice pénale internationale, etc : ça eût payé, mais ça ne paye plus…
La crise climatique, c’est quoi, déjà ?      
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Vidéo intégrale du discours de Mme von der Leyen, en anglais.
Version française disponible sur le site du « Grand Continent »

https://www.youtube.com/watch?v=iPOxGFDSpp0

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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier :  https://urlr.me/DHvmnJ