Extraits libres de :
« Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique »
(1784) – Emmanuel KANT
(1724-1804)
Editions Gallimard – Collection Folio Plus Philosophie – 2009

Toute ressemblance avec l’actualité nous paraît inévitable.

DIAGNOSTIC :         
«  On ne peut se défendre d’une certaine humeur lorsqu’on voit exposés leurs faits et gestes (les hommes) sur la grande scène du monde et que, à côté de quelques manifestations de sagesse ici et là (…) on ne trouve pourtant dans l’ensemble, en dernière analyse, qu’un tissu de folie, de vanité infantile, souvent même de méchanceté et de soif de destruction puériles : de sorte qu’à la fin on ne sait plus quel concept on doit se faire de notre espèce si imbue de sa supériorité. ». (Introduction – p.8)

OUTIL :        
 » Chez une créature, la raison est un pouvoir permettant d’étendre bien au-delà de l’instinct naturel les règles et les desseins qui président à l’usage de toutes ses forces, et ses projets ne connaissent pas de limites. Elle n’agit cependant pas elle-même de façon instinctive, mais elle a besoin de tâtonnement, de l’exercice, de l’enseignement afin de progresser peu à peu d’un degré d’intelligence à un autre. » (…)
 » Elle a besoin d’une série peut-être incalculable de générations, dont chacune transmet aux suivantes ses lumières, pour conduire finalement le développement de ses germes dans l’espèce humaine jusqu’au niveau conforme à son dessein. » (« Deuxième proposition » – p.11)

   « Le fait d’employer toutes les forces des communautés à les armer les unes contre les autres, les désastres provoqués par les guerres, et plus encore, la nécessité de s’y tenir constamment prêt, entravent sans doute le processus de développement complet des disposition naturelles. En revanche les maux qui en résultent forcent notre espèce à trouver une loi d’équilibre face à la résistance, en elle-même salutaire, qui s’opposent du fait de leur liberté une multiplicité d’États vivant côte à côte, et à introduire une force unifiée qui donne du poids à cette loi, et, par suite, une situation cosmopolitique de la sécurité publique des États (…) qui n’aille pas sans un principe d’égalité de leurs actions et réactions mutuelles, afin qu’elles ne se détruisent pas les unes les autres. »
(« Septième proposition » – p.28)

OBJECTIF :
 « Le plus grand problème pour l’espèce humaine, celui que la nature contraint l’homme à résoudre, est d’atteindre une société civile administrant universellement le droit. » (…)
C’est la détresse qui force l’homme, si épris par ailleurs de liberté sans frein, à entrer dans cet état de contrainte ; et, à vrai dire, c’est la plus grande des détresses, à savoir celle que les hommes s’infligent eux-mêmes les uns les autres, leurs inclinations ne leur permettant pas de subsister longtemps les uns à côté des autres à l’état de liberté sauvage. Seulement, dans cet enclos que constitue l’association civile, ces mêmes inclinations produisent précisément par la suite le meilleur effet.
Ainsi dans une forêt, les arbres, justement parce que chacun essaie de ravir à l’autre l’air et le soleil, se contraignent réciproquement à chercher l’un et l’autre au-dessus d’eux, et par suite ils poussent beaux et droits, tandis que ceux qui lancent à leur gré leurs branches en liberté et à l’écart des autres poussent rabougris, tordus et courbés.
Toute culture et tout art dont se pare l’humanité, ainsi que l’ordre social le plus beau, sont les fruits de l’insociabilité, qui est forcée par elle-même de se discipliner et de développer ainsi complètement, par cet artifice imposé, les germes de la nature. »          

(«
Cinquième proposition » – p.18 et 19)

« Par le truchement des guerres, de leur préparation excessive et incessante, par la détresse qui s’ensuit finalement à l’intérieur de chaque État, même en temps de paix, la nature pousse les États à faire des tentatives au début imparfaites, puis, finalement après bien des désastres, bien des naufrages, après même un épuisement intérieur exhaustif de leurs forces, à faire ce que la raison aurait aussi bien pu leur dire sans qu’il leur en coûtât d’aussi tristes expériences, c’est-à-dire de sortir d’une force unie et de la décision légale de la volonté unifiée. (…)
Si folle que puisse paraître cette idée,
(…) telle est pourtant bien l’issue inévitable de la détresse en laquelle les hommes se plongent eux-mêmes, et qui doit contraindre les États (si difficile que ce soit pour eux de s’en convaincre) à prendre précisément la même décision que celle de l’homme sauvage avait été contraint de prendre tout aussi à contrecœur, à savoir : renoncer à sa liberté brutale pour chercher le calme et la sécurité dans une constitution conforme à la loi.        
Ainsi, toutes les guerres sont autant de tentatives
(…) pour mettre en place de nouvelles relations entre les États (…) jusqu’à ce que, finalement, en partie grâce à la meilleure organisation possible de la constitution civile à l’intérieur, en partie grâce à une législation et une concertation communes à l’extérieur, un état de choses s’instaure, qui, semblable à une communauté civile, pourra se maintenir d’elle-même. »      (Septième proposition – p.24)

« Tant que des États consacreront toutes leurs forces à leurs visées expansionnistes vaines et violentes, tant qu’ils entraveront ainsi constamment le lent effort de formation interne du mode de pensée de leurs citoyens, leur retirant même tout soutien à cet égard, on ne peut s’attendre à aucun résultat de ce genre ; car il faut pour cela un long travail intérieur de chaque communauté en vue de former ses citoyens. Mais tout bien qui n’est pas greffé sur une intention morale bonne n’est que pure apparence et faux clinquant. Le genre humain demeurera sans doute en cet état, jusqu’à ce qu’il se soit (…) dégagé laborieusement de la situation chaotique qui caractérise les relations entre États. »
(« Septième proposition » – p.26 et 27)

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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ