« Il existe des expériences profondes et importantes qui sont communes à l’humanité tout entière, expériences dont les traces sont perceptibles dans toutes les cultures, fussent-elles les plus éloignées et les plus différentes. »
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   « Le devoir politique fondamental de la fin de notre millénaire devient la création d’un nouveau modèle de coexistence pour toutes les cultures, ces peuples, ces races et ces sphères religieuses, dans le cadre d’une unique civilisation interconnectée. C’est une tâche d’autant plus impérieuse que deviennent plus insistantes toutes les autres menaces que le développement unidimensionnel de notre civilisation faire peser sur l’humanité actuelle. » (…)
« Nombreux sont ceux qui, cherchant la source spirituelle la plus naturelle pour créer ce nouvel ordre mondial, se tournent évidemment vers un domaine sur lequel notre justice de fonde par tradition et qui représente un grand accomplissement des Temps modernes. Je veux dire vers cet ensemble de valeurs qui ont été, entre autres, déclarées pour la première fois en ce lieu : le respect de la personne humaine, de ses libertés et de ses droits inaliénables, le principe d’un État de droit et de l’égalité des citoyens devant la loi, selon lequel tout pouvoir vient du peuple. Bref, vers les bases idéologiques de la démocratie moderne.
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Mais ce que je vais dire maintenant apparaîtra peut-être comme une provocation. Voici : j’ai de plus en plus le sentiment que même ces valeurs -là ne suffisent pas, qu’il faut aller encore plus loin, plus profond. L’idée de droits et des libertés de l’homme doit être un élément inséparable de tout ordre global significatif. »
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   « La seule voie sûre vers une coexistence pacifique et une coopération créative doit partir, dans notre monde multiculturel, de ce qui est la racine, le principe commun de toutes les cultures, de ce qui gît dans le cœur et l’esprit humain infiniment plus profond que les opinions politiques, les antipathies, les sympathies, de ce qui nous transcende.
La transcendance est cette main compréhensive tendue à son prochain, à l’étranger, à la communauté humaine, à tous les êtres vivants, à la nature, à l’univers. C’est cette nécessité profonde et joyeuse d’être en harmonie avec ce qui nous est extérieur, avec ce que nous ne comprenons pas, qui nous semble éloigné dans le temps et dans l’espace, et avec quoi nous sommes pourtant en union mystérieuse, parce que cela constitue avec nous un seul monde. La transcendance comme seule proposition de rechange à l’extinction. »
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« Le concept des droits de la personne n’est qu’une des manifestations actuelles de ce qu’on pourrait appeler un ordre éthique dont l’existence compte parmi les expériences fondamentales de cet être conscient qu’est l’homme. »
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« On ne peut défendre avec succès l’universalité des droits de la personne que si l’on en cherche la racine spirituelle véritablement universelle.
(…) La voie d’une réelle universalité ne réside donc pas dans le compromis ente diverses altérités contemporaines, mais dans la recherche commune de l’expérience commune la plus fondamentale que l’homme a de l’univers et de lui-même en son sein. » (…)
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« Le sauvetage du monde ne peut commencer par l’invention de mécanismes de coexistence, c’est à dire des techniques pour un ordre mondial. Il ne peut commencer que par la recherche d’un nouvel esprit et d’une nouvelle éthique de coexistence. (…) C’est sur le seul terrain du respect mutuel que nous pouvons chercher ce qui rassemble tous les hommes, une sorte de minimum commun mondial qui aurait valeur d’engagement et permettrait à l’humanité do coexister sur une même planète.
(Il ne peut) prendre naissance que dans un climat d’égalité des droits et de quête commune. Il n’est plus possible que les uns l’imposent aux autres. » (…)
« Si la démocratie, si la paix et la coexistence citoyenne doivent se répandre dans le monde, alors ce ne peut être qu’en s’attachant à articuler cette expérience commune à tous les hommes sur un mode nouveau et réellement universel. Cette expérience
(…) qui nous relie aux mythologies, aux religions de toutes les cultures et nous permet de commencer à comprendre leurs valeurs. Bref, la démocratie doit proposer un espace où peut s’opérer une recherche collective du bien commun, (…) un espace où la volonté et la responsabilité collectives, et qu’elle cesse de n’être qu’un champ de bataille où s’affrontent des intérêts particuliers.
La démocratie planétaire n’existe pas encore, mais notre civilisation globale lui ouvre déjà la voie.
(…) Ce cadre est le seul où puissent se recréer la solidarité et le sentiment d’appartenance commune, dans le respect et la gratitude envers ce qui transcende chaque individu et toute l’humanité.
Cette intériorisation de la démocratie ne peut guère prendre aujourd’hui la forme d’une nouvelle doctrine faite de dogmes et de rituels.
(…) Si nous pouvons espérer une renaissance de la spiritualité, alors elle prendra vraisemblablement la forme d’une réflexion complexe et multiculturelle, source d’une éthique, d’un esprit ou d’un style politique nouveaux, et enfin d’un nouveau comportement civique. (…)    
« Etant donné son refus fatal de tirer des enseignements du passé, l’humanité ne pourra sans doute faire l’économie de nombreux autres Rwanda ou Tchernobyl avant de comprendre de quelle terrible myopie est frappé l’homme qui a oublié qu’il n’est pas Dieu. »
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Extraits libres de « « Il est permis d’espérer », de Vaclav Havel – Ed. Calmann-Lévy – 1994
https://www.amazon.fr/est-permis-desp%C3%A9rer-Vaclav-Havel/dp/2702127967
« A partir de son expérience de chef d’Etat (Tchéquie),confronté à la montée des nationalismes après la chute du communisme, avec en mémoire ses années d’emprisonnement et de silence, Vaclav Havel réfléchit sur cette fin de millénaire troublée. »
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(Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ )