Combien, par semaine, recevons – nous d’appels à la communauté internationale, d’un groupe, d’une minorité, de victimes de conflits ou même d’États ?
Comme si ces appels étaient lancés dans un nuage conceptuel indéfinissable en orbite autour de la terre… Certains politiciens pérorent, comme un slogan rabâché, que la communauté internationale n’existe pas, et qu’elle n’est qu’un fantasme d’ONG.
En réalité, les pouvoirs en place font tout pour qu’effectivement cette idée de communauté internationale n’existe pas autrement que formellement monopolisée par les États. Or il y a du monde en-dessous…
Ces politiques se targuent d’avoir les bonnes et vraies lunettes de la realpolitik, et donc le monopole de la responsabilité, du raisonnable, du bon sens et de la vision à long terme…
En réalité, sur beaucoup de questions et dans certaines situations, ce sont souvent les associations ou ONG qui font et les politiciens qui parlent.
Quand on a eu la chance – et l’honneur – de travailler pendant quelques décennies dans l’action humanitaire et pour le développement, on a du mal à entendre des politiciens, dans les cercles médiatiques, traiter les militants des droits humains d’incompétents, non-élus et irresponsables, vivant de slogans médiatiques pour leur recherche de fonds, etc.

   Une communauté internationale existe, nous l’avons rencontrée. Elle est composée de milliers d’associations et d’ONG qui réclament des États qu’ils honorent leurs engagements. Elle va de pair avec la notion de citoyenneté internationale, fondée sur des droits humains universellement reconnus. Elle s’exprime quotidiennement dans toutes les formes de révoltes et de mobilisations internationales, désormais largement médiatisées.

Il faut avoir participé à nombre de conférences diplomatiques internationales, à quantité de sessions au sein des Nations Unies, à de multiples campagnes de travail constructif sur l’éventail des droits humains, en parallèle avec le travail de terrain, au cœur de tant de cultures différentes, pour savoir qu’une conscience internationale est en chemin, aussi grâce aux médias désormais globalisés, malgré toutes les dénégations, propagandes et manipulations possibles et imaginables.
Cette communauté internationale réclame une vraie gouvernance mondiale, laquelle – pour sûr – n’existe pas encore. Cela n’a rien à voir avec le fantasme d’un gouvernement mondial, pure fiction – lequel, cette fois, mérite bien le label de bisounours !

Si la communauté internationale n’existe pas, alors le monde ne serait qu’une juxtaposition de communautés identitaires avec ses guerres et ses exterminations, ce qui a été, depuis toujours, le destin des sociétés humaines. Retour aux siècles précédents ?

Les droits humains et les institutions en charge de les promouvoir et de les contrôler (ce que les États ont voulu) sont un des fondements de l’idée même d’une communauté internationale. Les peuples victimes de toutes sortes de conflits et de catastrophes s’en inspirent tant que les pouvoirs pour leur survie, en multipliant les formes de solidarité qu’ils savent fort bien créer dans leur environnement social immédiat.

L’architecture de coopération internationale pour les droits humains, ne peut fonctionner sans se nourrir des activités de la société civile, d’ONG, d’institutions privées et de pouvoirs intermédiaires… sans lesquels les États eux-mêmes n’existeraient pas.
Toutes les instances internationales sont financées par les États, dont les budgets proviennent des impôts prélevés sur la richesse créée par les citoyens… n’est-ce pas ?

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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ