Extrait d’un article écrit par Mr Taleb ALREFAI, écrivain du Koweit, publié dans le « Monde des Livres » (p.3) daté du 20 mars 2026 (date du premier ultimatum du président US adressé à l’Iran):
« Dans ce climat d’angoisse (…) les événements s’enchaînent à un rythme effréné, presque insoutenable. A l’ère de l’intelligence artificielle, la guerre est menée simultanément sur deux fronts : celui des missiles et du sang, et celui des images et des récits, où la réalité elle-même est fabriquée d’heure en heure, jusqu’à ce que la question « Est-ce que ce que je vois est réel ? » devienne existentielle plus que technique.
C’est là que l’écrivain se trouve confronté à son dilemme le plus profond : comment écrire la vérité à une époque où les mensonges sont fabriqués avec la même précision que la vérité elle-même ?
C’est ce qui fait de la littérature aujourd’hui non pas un luxe, mais un acte de résistance et une nécessité humaine impérieuse.» (…)
De Mr Colum McCANN, écrivain irlando-états-unien, dans le même journal (p.4) :
« (…) Nous vivons une époque extraordinairement déconcertante. Tout va tellement vite. Le non-sens ronge le sens. Nous sommes toujours plus shootés aux absolus. Les faits deviennent des mercenaires. La paix est garantie par la guerre. La liberté est garantie par l’oppression. La confiance s’obtient par des mensonges. Rien n’est plus totalement fiable. Nous postulons la vertu de nos prétendus dirigeants. Nous suivons leurs haines officielles. Nous brûlons et nous mutilons au nom de principes que nous ne reconnaissons plus. Nous balançons des missiles dans des écoles et nous balayons ça d’un revers de main – c’est la guerre. Les mots se désintègrent. Les images manipulent. La haine s’amplifie. Nous nous noyons dans des canaux de certitudes. La reddition est sans conditions. Les plaines inondables de la nuance disparaissent. Nous éprouvons le besoin de tuer des gens pour les aider. Nous défendons nos vérités à coups de mensonges.
Le désarroi de notre époque engendre inévitablement autant de silence que de bruit. Les bienveillants n’osent pas parler, de peur que leur désarroi soit interprété comme de la faiblesse. Les malveillants deviennent agressifs parce que le simplisme est leur fonds de commerce. Il s’ensuit alors une amplification de la haine : d’un côté un silence, de l’autre un vacarme. (…)
Désormais tout le monde a besoin de gestes immenses. Nous devons nous réunir sur les divers marchés des idées – journalistes, chefs d’entreprises , personnalités politiques, artistes – pour voir comment accompagner une paix réticente (…). Il est temps. Et ça fait longtemps qu’il est temps.« (…)
Comment tenir bon dans une atmosphère de désarroi général ?
Pierre Assouline, de l’Académie Goncourt, nous glisse dans l’oreille :
(…) Tenir bon, quand l’émotion nous submerge jusqu’à nous gouverner. Peu de choses m’ont indigné dans le débat public ces dernières années comme l’injonction à s’indigner pour être en droit d’y participer.Or l’indignation est l’ennemie de la raison, laquelle doit en principe guider nos engagements. On agit en fonction de sa conscience, laquelle est régie par la réflexion rationnelle et non par les émotions. La manière la plus positive de tenir bon lorsqu’on est révolté par une injustice, c’est encore de transformer sa colère en créativité. (…)
« Tenir bon grâce à des livres qui vous portent et des convoyeurs d’idées qui vous transportent. Cela paraît peu mais cela change tout, et parfois une phrase chue d’une page suffit à se sentir moins seul, une phrase maintenue à bout de bras dans le tintamarre des mots. »
» Tenez bon – Comment des livres nous donnent de l’espoir » –
Pierre Assouline – Editions Robert Laffont – 2026)
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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ