Interview de Mr MAME MANDIAYE NIANG, Procureur Général par intérim de la Cour Pénale Internationale (Radio-France Internationale) :
Question : Avec les sanctions décidées par les États-Unis contre la CPI, la Cour n’est-elle pas isolée ?
Réponse : Nous ne sommes pas isolés, nous sommes le produit de la volonté de 125 États qui nous donnent le budget et qui, par leur coopération, nous permettent de fonctionner. Il ne faut pas contester qu’on vit actuellement une tempête. Il est vrai qu’il y a des retraits ici ou là, mais je crois que de façon générale, nous bénéficions encore du soutien de tous ces États par la volonté de qui nous existons.
La CPI n’est-elle pas, après trente ans d’exercice, sous une menace existentielle ?
Non, il y a des soubresauts et des tumultes : aujourd’hui, c’est tout le multilatéralisme qui est secoué. J’ai du mal à croire qu’il s’agisse d’une crise existentielle. Cette Cour est le résultat d’un effort constant et continu depuis pratiquement plus d’un siècle et nous reprendrons le dessus parce que nous représentons un idéal de justice internationale qu’on ne peut pas effacer. Donc, après ces moments difficiles, nous aurons des périodes plus calmes. (…)
Partout où la CPI s’est rendue, il y a des victimes qui demandent justice avec force. La CPI ne fait pas obstacle à la souveraineté des États : elle n’intervient que si les États ne veulent ou ne peuvent pas intervenir. Ce sont les États qui demandent d’intervenir pour juger des individus responsables de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité ou de génocide. Nous agissons dans le cadre du statut qui nous a été donné par 125 États. (…)
De se voir sanctionné et mis dans la même liste que les terroristes ou des trafiquants de drogue, cela discrédite même la légitimité de ces sanctions. Elles ne nous démobilisent pas, ne nous découragent pas, et ne nous font pas peur. Nous allons continuer à faire notre travail, parce que si un Procureur ou un magistrat devait renoncer à ses fonctions parce qu’on l’a privé de cartes de crédit… dans quel système sommes-nous ? Nous regrettons ces sanctions, mais nous n’allons pas plier, nous continuerons nos mandats qui nous été confiés par les États signataires du Traité de Rome. »
Source (14.09.26) : https://www.youtube.com/watch?v=4SpXX-P8oLI
A propos de ces menaces sur la Cour Pénale internationale (CPI) et contre les droits humains en général, dans une interview Wolfgang KALECK (1), avocat allemand, commente ainsi (extraits) :
(…) Les droits humains et le droit international n’ont jamais été véritablement acceptés par les grandes puissances. C’est pourquoi j’appelle les acteurs de la société civile, journalistes, avocats, ONG…à comprendre l’importance de cette cause (…)
(…) Les attaques viennent de manière concentrée de la Russie, des USA, et d’autres. Ceux qui ont traditionnellement défendu le droit international et les droits humains sont désormais politiquement et militairement plus faibles. Cela est particulièrement vrai pour l’Europe occidentale.
Il n’est pas nouveau que le monde soit en désordre ou que les guerres d’agression violent le droit international. Ce qui l’est, c’est à quel point les défenseurs du droit sont devenus faibles.(…)
Nous devons être conscients des ambiguïtés du droit en général, du droit international en particulier, et même des droits humains. Cela requiert une sorte de gymnase intellectuelle : vous défendez quelque chose que vous critiquez également, pour le transformer. Ces institutions doivent être reconstruites, non seulement pour les rendre plus inclusives, mais aussi mieux équipées pour défier le pouvoir. Mais cette capacité à vivre avec la complexité et la contradiction est quelque chose que j’attends, au moins, d’un public de gauche averti.(…)
(…) L’État de droit et les droits humains ne sont pas simplement transmis ou figés dans des normes de manière permanente .Ils doivent ramenés à la vie encore, et encore. C’est notre tâche.(…)
(…) (La justice internationale) n’est pas une justice absolue. Le droit international ne peut à lui seul réparer le monde, mais il joue un rôle essentiel pour les survivants et les communauté touchées dans le processus de confrontation avec les crimes du passé. Mais entre le silence et l’absence quasi-totalité de justice que nous avions auparavant et et la situation d’aujourd’hui, nous avons fait quelques pas.(…)
(Il y a ) quelque chose que je veux réitérer : ne pensez pas seulement en termes d’échec ou de victoire. Nous devons accepter que, de notre vivant, nous parviendrons peut-être à accomplir seulement certaines choses, plutôt que tout ce que nous souhaiterions. Mais ces avancées peuvent être extrêmement importants pour les droits humains en général, et en particulier pour les communautés touchées. » (…)
(Médiapart – 04.09.26)
(1) Wolfgang KALECK, fondateur et secrétaire général du Centre européen pour les droits constitutionnels et humains.
Auteur du livre » Die Stärke des Rechts vs. Das Recht des Stärkeren. Plädoyer für Völkerrecht und Menschenrechte. Verlag Antje Kunstmann, München 2026, (« La force du droit contre le droit du plus fort. Plaidoyer pour le droit international et les droits humains« ).
Pas encore traduit.
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Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ
Podcast : Des droits qui dérangent ? (18 épisodes, chacun résumant un des 18 chapitres du livre)
https://open.spotify.com/show/5ayZ63ckor2l3TpUi9Sbdj