Agence AFP – 01.01.2026 – « Israël a confirmé jeudi interdire d’accès à la bande de Gaza 37 organisations humanitaires internationales, à qui il reproche de ne pas avoir communiqué la liste des noms de ses employés, exigée désormais officiellement à des fins de « sécurité ». Elles ont deux mois pour retirer leurs équipes », a expliqué à l’AFP le porte-parole du ministère de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme.
« L’assistance humanitaire est la bienvenue – l’exploitation des cadres humanitaires à des fins de terrorisme ne l’est pas », a martelé le ministre, Amichai Chikli, cité dans le texte. »

Est-ce à dire que pendant les quarante dernières années, les autorités israëliennes ignoraient les noms des employés, ainsi que tous les détails du financement et des activités des ONG travaillant à Gaza ?
Ou alors, le prestige selon lequel les services de renseignements israëliens étaient les meilleurs du monde n’était-il qu’une mystification ?

Pourquoi les ONG doivent-elles cesser leurs activités sur Gaza, alors que le (supposé) cessez-le-feu du 10 octobre 2025 leur permettait de reprendre (et avec quelle urgence !) leurs activités humanitaires ?
Serait-ce parce qu’il est exclu que les ONG documentent et témoignent de ce qu’il y a sous les montagnes de décombres (réellement et symboliquement) ?

Risque d’infiltration des ONG par les terroristes du Hamas ? Pourquoi le problème est-il soudainement « révélé » depuis 40 ans ?

Les organisations humanitaires pérennes ont appris pendant les dernières décennies qu’intervenir au service d’une population en situation de survie ne se limite pas à « distribuer » à des « bénéficiaires » (passifs). Elles ont appris que la condescendance est perçue comme arrogante, voire humiliante.
Pour inscrire leur action dans la durée, la règle – et le bon sens – supposent le respect de la dignité des personnes par une immersion dans leur culture, en s’imposant de les impliquer dans l’évaluation des situations, dans la gestion des programmes, comme dans l’évaluation des résultats.
Qu’il y ait eu 15 ou 20, ou peut-être 50 employés complices du Hamas, sur plusieurs dizaines de milliers d’employés palestiniens au sein de l’UNWRA pendant quarante ans, c’est, à coup sûr, un scandale. Au vu des enjeux de survie pour des millions de personnes (Gaza et autres régions), c’est aussi un scandale d’utiliser ce prétexte (sans preuves établies) pour démanteler l’ensemble du système humanitaire, en y ajoutant le ridicule de vouloir le remplacer par un club privé de promoteurs immobiliers. Minable.

L’action humanitaire, imparfaite et perfectible parce qu’humaine, cache peut-être beaucoup de choses. Mais la démolir au bull-dozer en cache encore plus. A commencer, de toute évidence, par la volonté de discréditer définitivement tout le chantier des droits humains construit pendant 80 ans, et de les évacuer dans la même charrette que la démocratie…
Le pays qui se dit « le seul pays démocratique du Moyen-orient » est celui qui applique le principe de Brecht: si le peuple palestinien n’est pas content, « …il faut dissoudre le peuple« , en bonne compagnie de Poutine qui nie l’existence du peuple ukrainien, de Xi Jing Ping qui a « dissous » le peuple Ouïghour, et de Trump qui organise la chasse à courre à domicile contre les étrangers.

Droits humains, humanitaire, démocratie… Le carrousel du détournement des mots tourne à plein régime.
Mais détruire, sciemment et de manière planifiée, les services de base, nourriture, santé, éducation, logement, d’une population de plusieurs millions de personnes est criminel. Aussi criminel que l’attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui voulait aussi « dissoudre » le peuple israëlien.
Un crime n’en justifie pas un autre.
« Oeil pour oeil… et tout le monde finira aveugle » disait Gandhi.
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(Cf. le livre « Des droits qui dérangent ? « , édité sur Amazon, en version digitale et en version papier : https://urlr.me/DHvmnJ )